Si j’étais …

Un adolescent Amoureux d’UN autre

A toi qui ne peut pas encore dire « j’aime un autre homme »

J’ai 17 ans. J’ai pleins de copains et de copines et pourtant je me sens seul. Je me sens seul car je ne peux pas dire que je te t’aime. Oui je t’aime, Toi, le beau brun. Je te côtoie tous les jours à l’école. Nous sommes dans la même classe de seconde. Je vois bien que tu aimes les filles. Elles te le rendent bien d’ailleurs ! Tu es tellement beau et nous sommes tellement différents !

Tu es plus virile que moi. La natation met en valeur tes biceps, tes dorsaux et tes pectoraux. Ta barbe, même naissante, est beaucoup plus fournie que la mienne. Ton allure de Casanova me rend dingue. Quand tu passes ta main dans tes cheveux, toujours bien coiffés, je ressens dans le creux de mon ventre des papillons qui ne demandent qu’à sortir. Le moment que je préfère est lorsque nous sommes en sport. Dans les vestiaires, j’arrive toujours à me mettre à côté de toi, rien que dans l’espoir que nos corps se touchent quand nous changeons de tenue. J’en crève. C’est le moment où je savoure ce que je n’aurai jamais et qui me fait souffrir silencieusement, le contact de peau sur la mienne. J’ai développé au fil des années une sensibilité aigüe qui me permet de détecter les premiers mouvements d’hostilité quand le regard d’un homme se pose un peu trop longtemps sur le visage d’un autre.

Oui j’aime les hommes. Suis-je le seul adolescent de 17 ans sur cette terre à éprouver cela ? Est-ce que cela fait de moi une Femme ? Que suis-je ? Qui suis-je ? Suis-je quand même un Homme ? Suis-je virile ?

A quoi mesure-t-on la virilité d’un Homme ? Au nombre de poils qu’il a sur son torse ou à sa barbe ? au nombre de filles qu’il a « baisé » ? au vocabulaire qu’il emploie ? A la manière dont il traite les Femmes ? Je suis un Homme avec un corps d’homme. C’est juste que je ne suis pas hétérosexuel mais homosexuel. C’est aussi simple que ça. Je ne fais rien de mal. Moi aussi j’ai envie d’être heureux. Moi aussi j’ai envie qu’on m’aime pour qui je suis et je suis digne d’être aimé pour qui je suis.

Même mes parents je n’ose pas leur en parler. Ma mère me voit comme un être fragile qui peut se briser à chaque pas qu’il fait. Quant à mon père, tout petit déjà, il ne supportait pas quand je pleurais… « T’es pas une mauviette » me disait-il, « Un homme ça pleure pas, c’est les filles qui pleurent » ajoutait-il. Alors lui dire aujourd’hui que j’aime les Hommes, c’est juste impossible.

Je suis un hypersensible et alors ? C’est une force ! J’arrive à voir chez les autres la tristesse quand elle pointe son nez. Je reconnais la vulnérabilité quand elle se présente. J’ai une intelligence émotionnelle qui me permet de lire la bienveillance ou l’hostilité chez l’autre. Je suis sensible. J’ai décidé d’exprimer mes émotions parce qu’elle me rendent vivant. Je ne me sens pas toujours compris. Je me sens seul. J’ai hâte d’être un adulte. Je ne sais pas à qui me confier.

Un jour, je tomberais sur quelqu’un qui rend l’impossible d’aujourd’hui le possible de demain.


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